Couchée dans le lit, il (elle) entendit le bruit de la grille…
… Revenu(e) dans la chambre, il (elle) se recoucha, et n’eut plus qu’une idée en tête, se rendormir.
Couchée dans son lit, elle entendit le bruit de la grille. Elle attendit, le message disait que la grille devait grincer trois fois. Une deuxième, puis une troisième fois, la grille couina. Elle se leva en silence, passa une robe à gros tissu, un imperméable noir, et remplit ses poches de chargeurs. Puis elle saisit le pistolet mitrailleur posé dédaigneusement sous le lit, le cacha sous l’imper, et sortit. Elle n’oublia pas le poignard. Jean l’attendait sur le trottoir, l’air de rien, fumant une cigarette sans filtre pour cacher sa nervosité.
- Tout va bien, souffla-t-elle !
- RAS, on peut y aller ! murmura-t-il après avoir inspecté les lieux.
Jean la prit par la taille, elle fit de même et ils partirent vers le lieu de rendez-vous. S’ils étaient vus par une patrouille, ils essaieraient de jouer au couple romantique avant d’utiliser leurs armes. Ils devaient passer inaperçus pour rejoindre le point de rencontre.
- Quelle heure est-il ?
- Trois heures moins vingt. Il nous reste dix minutes pour rejoindre Edmond et les autres.
Ils pressèrent le pas. Tout à coup, sur leur droite, un véhicule chenillé fit trembler les pavés. Ils eurent juste le temps de se cacher dans un recoin sombre. Le véhicule passa au bout de la rue, ils reprirent leur marche en avant. A trois heures moins dix, ils étaient arrivés. Edmond leur fit signe de rentrer dans le square voisin, où il s’était mis à l’abri des regards derrière les buissons. Trois autres personnes qu’ils ne connaissaient pas étaient là.
- Pas de présentations, murmura Edmond. Inutile de savoir qui sont les autres, au cas où ça tournerait mal.
- Vous avez les explosifs, demanda Jean à voix basse.
L’un des trois hommes montra les pains de dynamite reliés à un détonateur par trois fils de couleur différente.
- Où est la faille temporelle ? , demanda-t-elle.
- Sous le pont.
D’un hochement de tête, Edmond fit signe à l’artificier d’aller déposer la charge au pied du pilier Nord. L’homme s’exécuta sans bruit, et revint après trois petites minutes, sa tâche accomplie.
- Compte à rebours démarré. J’espère que vous êtes prêts, car nous n’aurons que dix-huit secondes pour nous engouffrer dans le trou avant qu’il ne se referme. Et avec le barouf que ça va faire, la patrouille tombera sur ceux qui ne seront pas passés, se crut-il obligé de préciser.
Le silence se fit tout à coup. Tous avaient les yeux rivés sur le chronomètre qui égrenait les secondes avant l’explosion. Trois, deux, un, puis une détonation à crever les tympans. Après trois secondes, tous se précipitèrent vers le trou du pilier. Tout le monde réussit à passer de l’autre côté avant que le trou ne se referme, comme par enchantement.
- Maintenant, à nous deux, Père Fouettard. Jean, tu as le plan.
Ils l’étalèrent au sol et repérèrent très vite la maison de l’ennemi. Elle n’était pas très loin, et ils l’atteignirent en quelques minutes avec l’aide du vent. Devant, ils virent trois rennes appartenant sans aucun doute au Père Noël, qui broutaient nerveusement l’herbe maigre déjà recouverte de son manteau blanc.
- Il est ici, chuchota –t-elle.
Edmond fit signe à ses hommes de se déplier en silence autour de la maison. Chacun avait sorti son pistolet mitrailleur et y avait logé un chargeur de seringues hypodermiques, chargées de somnifères. Quand tout le monde fut en place, Edmond donna le signe de l’assaut. Toutes les fenêtres volèrent en éclats. Surpris, les occupants voulurent riposter, mais telle une nuée de moucherons, les seringues les atteignirent avant qu’ils n’aient eu le temps de faire un geste. Le dernier à s’endormir eut le temps d’appuyer sur une télécommande. La troupe investit la maison.
- Où est-il ? demanda Jean
- J’entends du bruit par-là, cria-t-elle, derrière cette porte. Elle est fermée à double tour !
Ils se ruèrent tous dessus, de toutes leurs forces, et elle céda au deuxième assaut. Dans la pièce, ils trouvèrent le Père Noël, bâillonné, ficelé comme un rôti sur une chaise qu’un mécanisme rapprochait inexorablement du puits dans lequel elle devait tomber, avec son occupant. Il fallait le détacher tout de suite, car la chaise commençait à vaciller, et les nœuds étaient très serrés.
- La télécommande, il faut la récupérer !
- Trop tard, ton poignard, hurla Edmond.
Elle se précipita vers le Père Noël, au risque de chuter avec lui, et coupa en quelques instants les liens qui le retenaient prisonnier. Il eut juste le temps de se dégager avant que la chaise ne disparaisse dans le vide.
- Voilà une bonne chose de faite, sourit Edmond. Venez, on vous ramène jusqu’à la faille. Et après, à vous de jouer. Nous sommes le 24 décembre. Cette nuit, vous avez un gros travail.
Le Père Noël sourit de toutes ses dents, et ses yeux s’emplirent de malice en pensant à la tâche qui l’attendait.
Ils se séparèrent sous le pont, heureux d’avoir accompli leur mission. Elle rentra chez elle sans rencontrer de patrouille. Elle était heureuse pour sa fille qui aurait, comme tous les autres enfants, un vrai Noël. Revenue dans sa chambre, elle se recoucha et n’eut plus qu’une idée, se rendormir.
Philippe Masse
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