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Du tripalium au trip à l’hélium !

Abécédaire – Tautogramme

Publié le 25 Septembre 2013 par Philippe Masse in Travaux d'écriture

Alors que l’acte 3 arrivait à son apogée, André, accompagné d’Aurore, aperçut Audrey, une ancienne amourette. Il l’avait aimé autrefois, comme on aime à cet âge ! Mais aujourd’hui, c’est cette pièce qui l’avait amené ici, son auteur, l’affrontement entre les adversaires et les alliés, l’action, située dans une arène peu académique et, comme disent les américains, l’aftermath, l’aboutissement de l’action.

Brusquement, il balbutia tout bas : « bon sang, belle, blonde et barbare, bien entendu… Bon, on ne badine pas ! » Mais la beauté de son ex-bien aimée l’avait laissé baba. Sur scène, Brutus braillait.

Sa compagne, croyant capter une conversation certainement creuse, chuchota : « chéri, calme-toi, et pas de caprice, car ça continue ! » Il crut certainement à une critique, et cessa son charabia.

- « Désolé, dit-il, je dois dérailler.

- Le 4è acte démarre, déclara la demoiselle, déconnes pas, et ne dors pas. » Désarçonné, Il dut se détourner pour dompter son désarroi, et demanda doucement ce que l’acte 4 disait.

- Ecoute, c’est extraordinaire. Euripide sur l’Euphrate, emporté par les eaux, et eux, ses ennemis exaspérés, émeutiers de l’Empire, excluant toute emprise entraînant l’Etat aux extrêmes, mais exigeant une échéance pour extraire Eurydice de l’enfer.

- Fichtre, c’est formidable ! Ca fourmille de faits ! C’est fort, se fendit le fiancé.

- Grand, très grand, et grave ! Oh, le graveur de la Grange à Germain, à gauche. Qu’il est gros ! Il se gave de gingembre, c’est grotesque. C’est un gars génial, un géant de la gravure, mais graisseux !

- Hier, il était à l’hôpital, pour un horion reçu d’un hooligan. Huit heures d’hospitalisation. C’était l’horreur, et très humiliant … Quelle histoire ! Heureusement, l’humour a repris le dessus ! Ha ha ! De l’humour d’hypocondriaque, un peu hermétique, mais très hystérique.

Immédiatement, ils imitèrent avec irrévérence et un iota d’ignominie l’innocence d’Igor, insinuant des injures indélicates et imbéciles, heureusement inaudibles pour lui, insouciant de leurs insolences. Il imaginait plutôt l’illusion d’Isis, incarnée par l’immense Irène Iribarne. Irait-elle au bout de son idéal ?

Mais ces jurements gênèrent le journaliste juste à côté, qui jura.

- J’écris pour mon journal, et vos jacasseries m’empêchent de jouir du jeu des jeunes acteurs. Allez jaspiner ailleurs, car moi je ne joue pas, j’écoute.

- Kesako ? OK, le Kapo ! J’te kiffe pas ! Tu te crois khalife ? André se vit kidnappeur. Mais il n’était pas kamikaze. Et son karma, ainsi que les képis des keufs près du kiosque de l’entrée le calmèrent. Il avait besoin d’un bon kawa, et d’un kleenex.

Car l’acte 5 livrait la fin de l’histoire, la lueur d’espoir et les limites longuement légitimées par la légende. André et Aurore lâchaient quelques larmes. La lueur de l’avenue les libéra de l’atmosphère lourde de la salle.

Machinalement, ils marchèrent au milieu de motels miteux, montant main dans la main vers Montmartre, merveille des merveilles les médusant encore. Ils voulaient manger un morceau. Maintenant, tels des matelots marchant sur la mer, ils musardaient, les mèches au vent, et mâchonnaient déjà le mouton du méchoui, chacun méditant sur ce menu mirifique.

Il faisait nuit noire. Les nuages du Nord nappaient la nature de nervures noueuses. Ils nageaient dans ce néant, lui nabab, elle naïade, naviguant dans une nébuleuse ou rien de néfaste ni de négatif ne pouvait leur être nuisible.

- Oh ! Quelle orgie d’ovin ! Je suis out ! On s’organise jusqu’à l’aurore ?

- OK, c’est une option, optimisons notre œuvre ! A l’offensive ! Ouvre ton ordinateur !

Aurore offrait un œil obstiné, et observa sans outrecuidance les occasions de s’oublier jusqu’à l’aube.

- On peut parader jusqu’au parapet du pont !

- Pourquoi pas. Posons-nous un peu… jusqu’au point du jour ! Et puis ?

- On peut aussi apercevoir les pierres précieuses près de la place Vendôme ! Mes pieds m’y porteront-ils ? Je manque de peps ! Partons !

- Quoi, tu veux quitter le quartier ? Et quickly ?

- Mon rhume me reprend. Je suis rincée. Sur les rotules. J’aimerais rentrer… Ne restes pas à me regarder, à rêver de mon rimmel ravagé… Regagnons la route !

- Soit, si tu le souhaites ! Mais tu semblais si solide… Je sais tes sentiments, susurra-t-il, et ta sensibilité. Ils sont si surprenants. Saches que je suis ton serviteur !

- Tu es trop ! Tant de tendresse, ça tue ! Tu me traites avec tellement de tact !

Elle lui toucha la tête timidement, puis tendrement trouva son torse à travers le tissu.

Un à un, ils unirent leurs sens usés comme des ustensiles trop utilisés. Les usages avaient uniformisé leur union qu’ils voulaient pourtant unique.

- Viens ! Nous allons voyager ! Venise ! Varsovie ! Vladivostok !

Ils voyaient leur vie virevolter, ils volaient avec le vent, voltigeant vers Vénus, sans véhicule, sans voile, sans volonté autre que vivre voluptueusement, comme des voyous, mais sans vulgarité.

- My wife! Do you want to be my wife?

- Ce week-end ! Et avec du whisky !

- Du Xérès, excellent aussi !

- Yes, si tu veux ! Les yeux dans les yeux ! Yin et yang ! En yacht ou dans une yourte ?

- Un zeste des deux, zézailla-t-il. Mais surtout un zoom sur ta zone érozène !!!

Philippe Masse

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