Radio France avait demandé, le 23 janvier 2012, aux candidats à la présidentielle, ou leurs représentants, de réagir à l’enquête sur le travail, question centrale s’il en est. Cinq avaient accepté le grand oral proposé, en confondant souvent travail et emploi. En 15 minutes, ils avaient fait des propositions, parfois innovantes, pour protéger l’emploi et améliorer la qualité de vie au travail. Rappel, un an plus tard, de leurs paroles de l’époque.
Cécile Duflot : EELV. Créer des emplois avec une croissance faible ou nulle.
« La France ne se reconnaît plus dans son travail », analyse-t-elle. Deux défis sont lancés aux politiques : réduire massivement le chômage sans sacrifier la qualité à la quantité, et dans un contexte durable de croissance faible ou nulle. Elle propose de protéger le travail, en équilibrant capital et travail, en créant un service public de santé au travail, en reposant la question des temps de vie ; de lui redonner du sens, par de nouvelles règles de comptabilité prenant en compte l’efficacité énergétique, en donnant toute sa dimension à la formation et à l’apprentissage, en diversifiant l’accès à l’activité, en sécurisant les parcours, ainsi que les risques à entreprendre. Enfin, de le réconcilier avec la démocratie, par un droit d’expression directe des salariés, et leur présence sur la moitié des postes dans les CA.
François Hollande : PS. Noter les entreprises sur des critères de qualité sociaux.
« Aujourd’hui, beaucoup de salariés ne savent plus sur quels critères ils sont évalués,» relève-t-il, en même temps que la dégradation de l’espérance et le sentiment de déclassement. Ils souffrent plus que par le passé. Pourtant, les français veulent être utiles, servir la collectivité. Il va lutter contre la précarité, et pour le développement de l’expression des salariés dans l’entreprise, aussi dans les PME. La souffrance au travail doit être prévenue, par un diagnostic précoce. Plus innovant, la création d’une notation sociale des entreprises, qui évaluerait la qualité et le rapport au travail des salariés. Enfin, il veut que la médecine du travail soit plus indépendante, que les entreprises donnent une place plus grande aux psychologues dans leur rang, et inscrire le dialogue social comme « méthode » dans la constitution.
Marine Le Pen : FN. Partager les titres de l’entreprise avec les salariés.
« Le débat sur le travail est essentiel : voulons-nous mettre en place une politique qui permette qu’il y ait du travail »… ou « Faire fabriquer par des esclaves pour vendre à des chômeurs ? » martèle-t-elle. La vision du travail dépend donc de la vision de l’homme. Travaille-t-il pour lui, ou pour permettre des profits illimités aux responsables d’entreprise et actionnaires ? Elle propose de réserver une part légale de titres aux salariés de l’entreprise : 10 %, en propriété collective, différent de la participation salariale. Et elle souhaite remettre en marche la méritocratie, pour contrer le « piston », les relations dans l’accès à l’emploi et aux stages. Un peu court !
Pierre Laurent : Front de gauche. Mettre l’humain au centre de la réindustrialisation du pays.
« L’ennemi, c’est la compétitivité, basée sur la baisse des effectifs et les coûts salariaux » affirme-t-il. Il retient que les salariés souffrent face à un travail broyé, empêché, qui devient du travail déqualifié, alors qu’on sait l’importance des compétences. Aujourd’hui, la société valorise le contraire de ce que demandent les salariés. Il propose, et même exige la réindustrialisation du pays. Il veut mettre fin à la politique d’exonérations des cotisations sociales, et revaloriser les salaires. Investir dans la protection sociale et la formation, aller vers des droits attachés aux salariés et pas seulement au contrat de travail, renouveler le droit des salariés : d’expression, d’information, mais aussi d’intervention, de suspension, de préemption sur l’outil de travail si nécessaire sont ses autres pistes.
Xavier Bertrand : UMP. La qualité au service de la productivité et de la compétitivité
«Il faut donner (au travail) plus d’humanité, plus de valeur non marchande, de respect et de considération » reconnait-il. Dans l’enquête, il relève que le travail n’est pas seulement synonyme de souffrance, et que la qualité du travail est aussi un élément important de la productivité et de la compétitivité. Il trace le bilan des actions gouvernementales : dès 2007, prise de conscience de l’ensemble des risques psycho-sociaux. 2008 : accord cadre européen transposé en France. Plan santé au travail 2010 – 2014. Loi compétitivité / emploi, et défend le « travailler plus ». Il souhaite que les représentants du personnel soient associés à la prise de responsabilité dans les entreprises. Il n’est pas hostile à une loi sur les dividendes, et il préfère développer la RSE plutôt que l’idée d’une notation sociale, qui existe déjà selon lui.
Philippe Masse
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