Aujourd’hui, les SCOP et l’entrepreneuriat social s’affirment de plus en plus comme d’autres façons de travailler. Zoom sur un restaurant pas comme les autres et sur une revue qui veut réconcilier efficacité et solidarité.
A l’enseigne du « Temps des cerises », sur la Butte aux Cailles, Guy Courtois, 32 ans de fidélité, co-gérant du restaurant avec son ami Andrés, s’active en salle. Grandes tables communes, 70 places, et ce midi pas une chaise disponible. Le lieu, créé en 1976, dans la mouvance de mai 68, est une société coopérative ouvrière de production (SCOP) créée par des artistes avec un projet social. Beaucoup de bénévolat au début, histoire de potes qui donnent un coup de main, chansons révolutionnaires. Cela n’empêche pas les conflits sociaux et les problèmes relationnels dans les premières années.
Professionnalisation nécessaire
« Pendant 10 ans, chacun a eu une vision très utopiste de son rôle. On avait du mal à s’écouter, on s’affrontait souvent », explique Guy. Néanmoins, un ciment se crée car, quand un redressement fiscal en 1986 menace la structure, personne n’a d’autres projets. Les huit permanents de l’époque, qui avaient tout perdu donc plus rien à perdre, comprennent alors l’importance du C de SCOP. S’ensuit une restructuration drastique, à l’écoute des différences des uns et des autres, de la légitimité de chacun. « On s’est formé à ce moment-là » continue le co-gérant, « au vin, à la qualité de la nourriture, des achats », sans pourtant perdre l’engagement social de départ. « Dans une SCOP, c’est un homme – une voix. L’ensemble des coopérateurs élit les gérants pour 4 ans », précise Guy Courtois. Paradoxe : les deux co-gérants étaient restés au même salaire que les autres coopérateurs, et cela a fini par poser des problèmes. Ils ont dû s’accorder un défraiement supplémentaire pour leur tâche de gestion. « Nous avons pris conscience que des écarts de salaire sont parfois indispensables. Ainsi, payer de la même façon un salarié avec 30 ans d’expérience et un jeune qui arrive n’a pas de sens non plus. »
L’humain avant l’argent
Dans une SCOP, l’argent s’efface devant l’humain. Priorité au travail sur le capital. Le statut d’une SCOP est très clair : impossible d’espérer une plus-value à la revente, donc aucun intérêt à le faire. Pas de transmission aux héritiers. Par contre, gagner de l’argent n’est pas interdit. Au « Temps des cerises », un accord de participation existe pour les salariés, qui fixe les règles de redistribution quand l’entreprise est bénéficiaire. « En pleine crise, nous avons fait 7 % de marge par an, avec une meilleure fréquentation. Et ça continue ! Nous pouvons donc distribuer l’équivalent de 3 mois de salaire à chaque salarié » confie Guy avec fierté. SCOP ne veut plus dire pauvreté, bricolage et anarchie. » Les « chèques déjeuner », plus grande SCOP française sont là pour le prouver.
On ne vient pas par hasard dans une SCOP. Aujourd’hui, le restaurant embauche des personnes formées, comme Sarah. Avant, on faisait travailler la famille, les copains. La clientèle aussi a évolué, plus large, touristique, cosmopolite, et de toute génération (de 7 à 104 ans).
On ne parle pas de SCOP à l’embauche, mais après. Des outils de sensibilisation, de formation existe, livres, BD, articles…
Des salariés fidèles
Le fait qu’il n’y ait pas de patron n’est pas toujours simple à gérer, notamment avec les jeunes. Cela peut vite dégénérer avec certains, notamment sur le plan horaires. Pourtant, il faut que le travail soit fait.
Au « Temps des cerises », on a très peu de turn over, très peu d’absentéisme. Pourtant, le métier est difficile. Certains salariés, étrangers, sont déracinés. Mais on ne fait jamais appel à l’intérim, contrairement à d’autres restaurants.
« La SCOP n’est plus une affaire de baba cool. On est très fier de ce qu’on a fait, et ça fait 35 ans qu’on existe », conclut Guy Courtois dans un sourire. SCOP comme exemple pour d’autres entreprises ? Guy pense aussitôt à sa femme, DRH chez France Telecom !
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