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Du tripalium au trip à l’hélium !

MIEUX VIVRE LE TRAVAIL GRACE AUX TECHNOLOGIES - Marc Halévy : l’impact des TIC sur les organisations, la gouvernance des entreprises

Publié le 9 Février 2013 par Philippe Masse in Articles

MIEUX VIVRE LE TRAVAIL GRACE AUX TECHNOLOGIES - Marc Halévy : l’impact des TIC sur les organisations, la gouvernance des entreprises

Au 15è siècle, la Renaissance a été une rupture avec l’économie agraire de l’époque (qui ne concerne plus aujourd’hui que 4 % de la population européenne). Et si aujourd’hui, on vivait une rupture du même tonneau.

- L’économie marchande a montré ses limites.

- Une nouvelle économie est en train de naître, avec un nouvel étalon autre que la seule valeur « monnaie » De quoi est-elle faite ? 4 points peuvent la définir :

- Frugalisation : On a quitté la logique d’abondance, époque où l’on considérait que les ressources étaient inépuisables, infinies (les patrons des années 60 le croyaient)

- Intériorisation : On voit les signes d’une volonté de sortir des fausses promesses de la société d’abondance. Le bonheur ne vient pas de l’extérieur, mais vient de l’intérieur. C’est la notion de qualité de vie, personnelle et au travail qui l’exprime le mieux. Elle n’existait pas il y a 20 ans.

- Dématérialisation : La valeur des services des entreprises est aujourd’hui beaucoup plus liée à l’intelligence qu’à l’argent qui a été mis dedans (proportion 80/20 qui s’est inversée en 20 ans en faveur de l’intelligence). Référence à Nietzche : « tout ce qui a un prix n’a pas de valeur ».

- Complexification : La complexité augmente. La meilleure preuve : mon grand-père a eu environ 100 contacts dans toute sa vie, dans son village. Aujourd’hui, avec Internet, on en a 5 à 600 par semaine. Les réseaux multiplient les possibilités de connexions par plusieurs millions. Le fonctionnement des entreprises doit tenir compte de ces changements. Le fait-elle ? Remplace-t-elle sa pyramide hiérarchique par un réseau collaboratif ? Et si oui, le nomadisme, les téléactivités doivent être considérés comme des réponses durables à ces questions.

- Frugalisation : Faire beaucoup mieux avec beaucoup moins. Economiser les ressources, ce qui allège les poids : Financier (carburant), Economique (heures perdues dans les transports), Psychologique (fatigue, usure, sans compter les dangers de la route). Cela coûte un milliard de fois plus cher de transporter un individu sur 80 kms que de transporter le contenu de son cerveau.

- Intériorisation : La qualité de vie est de plus en plus fondamentale. On a vécu dans du quantitatif jusque-là. Maintenant, besoin de donner du sens à ce que nous faisons au quotidien. Et l’intériorisation de l’activité montre que la vie privée a aussi un sens. Les gens recherchent la synergie entre les deux. Deux conséquences : augmentation de l’hédonisme, de la chasse au stress, de la recherche du plaisir, et fin du mythe urbain, car les professionnels quittent de plus en plus les villes.

- Dématérialisation : La révolution a pour conséquence que la valeur d’un produit ne vient plus de la matière mais de l’intelligence qu’on y accorde. L’information est valorisée, où qu’elle soit. La variable d’ajustement n’est plus le temps, mais l’espace. Aujourd’hui, il circule 80 milliards de courriels par jour, dont 20 milliards vrais et 60 milliards de pourriels. Ca n’a rien à voir avec la capacité de notre cerveau à gérer les informations. Face à ce phénomène, dois-je redevenir le maître du temps ? Ou bien, par réseaux interposés (espace), essayer de (di)gérer la diversité, le nombre, la fréquence des interactions ? Cette connexion perpétuelle avec d’autres impose un changement des modes d’organisation.

- Complexification : Le modèle de la pyramide hiérarchique consiste à relier tous les éléments d’un ensemble avec un minimum de relations, dans un objectif de contrôle. Aujourd’hui, c’est totalement dépassé pour faire face, répondre à la complexité réelle du monde, où il faut au contraire multiplier les relations. Face à son insuffisance, face à la complexité, la pyramide répond par de la complication, et encore et encore (un pansement sur une jambe de bois). Le modèle émergent est celui du réseau, qui implique un autre management : Faut-il un chef dans le réseau ? par analogie, il y a 8 milliards de cellules dans le cerveau : y a-t-il une cellule chef ? Vaut-il mieux détenir le pouvoir ou faire autorité ? (le pouvoir a été délégué à quelqu’un, l’autorité est reconnue comme telle). Le pouvoir ne devient alors qu’un des rouages de la chaîne, mais pas le centre. Importance des porteurs de volonté, qui construisent un désir commun. Cette organisation redéfinit totalement le travail. Nouvelle définition possible du travail : "Contribuer avec talent (différent de compétence) et enthousiasme (passion) à une œuvre qui nous dépasse (plus proche de la cathédrale que de la machine à sous pour actionnaire) ».

Nous travaillons pour avoir les moyens de vivre, mais aussi par (quand tout se passe bien) :

- fierté

- plaisir

- joie

Derrière tout cela, recherche du plein accomplissement de soi, sans stress inutile (les délais urgents sont souvent des caprices de chefs), sans déplacements inutiles (téléactivités). Les technologies bien utilisées doivent nous mener vers cela. Mais le seront-elles ?

Propos recueillis par Philippe Masse

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